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Documents de Manado 2011

Publication 3:
VIVRE ENSEMBLE EN JÉSUS CHRIST – Fortifiés par l’Esprit Saint

Séance plénière : Forum chrétien mondial

Michelle Moran
Présidente de l’ICCRS (International Catholic Charismatic Renewal Services)
24 septembre 2011


Il m’incombe aujourd’hui de présenter quelques-unes des richesses de la spiritualité des mouvements de renouveau, et je vais en parler dans la perspective du Renouveau charismatique catholique (RCC). Depuis que je suis chrétienne, j’appartiens à ce mouvement. J’ai trouvé la foi lorsque, adolescente, je participais à un camp de jeunesse en 1976, dans les premiers temps du Renouveau charismatique catholique.

Pour bien saisir la spiritualité du Renouveau charismatique catholique, il est important de réfléchir sur quelques-unes des sources qui, par le passé, ont mené à l’émergence de ce mouvement de renouveau au sein de l’Église catholique. Généralement, on situe les débuts historiques du RCC dans les évènements qui se sont produits en 1968, parmi les étudiants, dans les universités américaines. Beaucoup cependant considèrent que, au cours du xxe siècle, nous avons vécu de nombreuses effusions de l’Esprit, telles qu’on n’en avait jamais connu précédemment, chez tous les fidèles de toutes les Églises.

Le XXe siècle : un siècle de l’Esprit
À la fin du xixe siècle, Elena Guerra fonda une congrégation religieuse : les Oblates du Saint-Esprit. Pendant sept années, elle vécut une série d’expériences mystiques qui l’incitèrent à promouvoir plus publiquement la personne, la vie et l’œuvre de l’Esprit Saint. À cette époque, on avait l’impression que, dans l’Église, l’Esprit Saint était presque la personne oubliée de la Sainte Trinité.

Entre 1895 et 1903, Elena écrivit une série de 12 lettres confidentielles au pape Léon XIII ; elle pressait le Saint-Père d’appeler à relancer la prédication sur l’Esprit Saint. C’est à cette époque qu’elle commença à constituer des groupes de prière, qu’elle appela des « cénacles permanents ». En réponse, le pape Léon XIII publia une lettre appelant l’Église à célébrer une neuvaine (neuf jours de prière) solennelle à l’Esprit Saint entre la fête de l’Ascension et celle de la Pentecôte. Cette lettre fut suivie en 1897 par la première encyclique consacrée à l’Esprit Saint : Divinum Illud Mundus.

L’un des moments les plus émouvants peut-être de l’histoire récente de l’Église catholique se produisit au début du xxe siècle, lorsque le pape Léon XIII inaugura solennellement le nouveau siècle en chantant l’hymne Veni Creator Spiritus (Viens, Esprit Créateur) devant le vitrail du Saint-Esprit dans la basilique Saint-Pierre de Rome.

Il pria au nom de l’Église tout entière et consacra le xxe siècle, dans sa totalité, à l’Esprit Saint.

Il est intéressant de noter que, en même temps, se produisit au Bethel College and Bible School de Topeka (Kansas) une effusion de l’Esprit qui ouvrit la voie au pentecôtisme. 
Par une intervention extraordinaire de l’Esprit Saint, en 1958, un cardinal italien peu connu et d’âge avancé : Angelo Giuseppe Roncalli, fut élu pape – le pape Jean XXIII. Immédiatement, la presse parla d’un « pape de transition » : quelqu’un qui expédierait les affaires courantes en attendant que le Seigneur suscite un successeur plus naturel.

Pourtant, Jean XXIII était convaincu qu’une nouvelle Pentecôte pouvait se produire dans l’Église et, durant son bref pontificat – que certains ont qualifié de « surprise de l’Esprit Saint » –, il procéda avec une diligence et une clairvoyance extraordinaires. Dès janvier 1959, il présenta aux cardinaux de la Curie l’idée du Second Concile du Vatican, mais elle suscita peu d’enthousiasme et beaucoup d’objections. Pourtant, sans se décourager et toujours confiant en l’Esprit Saint, le pape Jean XXIII continua de faire avancer les choses.
Juste avant l’ouverture du Concile, le pape Jean XXIII fit la prière d’invocation : « Seigneur, renouvelez aujourd’hui vos merveilles comme par une nouvelle Pentecôte ». Ce fut alors comme si des vannes s’ouvraient et, libéralement, la grâce de la Pentecôte se déversa de façon inattendue sur l’Église tout entière.

Pour beaucoup de commentateurs, ce fut comme si les fenêtres de l’Église s’ouvraient alors à l’Esprit Saint. Suite au Concile, le renouveau commença à se manifester à un certain nombre de niveaux, notamment dans les domaines liturgique, biblique et théologique. On vit aussi émerger de nouvelles approches de la mission et de nouvelles conceptions des relations entre l’Église et le monde dans l’arène sociopolitique.
 
La nature du Renouveau charismatique catholique
C’est dans le sillage des grâces de renouveau émergeant du Second Concile du Vatican qu’est né le Renouveau charismatique catholique. En fait, ce fut un nouveau printemps dans l’Église : on vit alors naître ou se renforcer de nouveaux mouvements. Indubitablement, le Renouveau charismatique catholique est l’un des plus vastes « mouvements » de l’Église catholique : on estime à quelque 120 millions le nombre de personnes prêtes à témoigner d’une expérience de l’Esprit Saint – vécue grâce à leur contact avec le RCC – qui a changé leur vie. Pourtant, le RCC est différent de bien d’autres mouvements : il n’a pas eu de fondateur mais il est né de l’action spontanée de l’Esprit Saint. En outre, le CCR n’est pas un mouvement mondial unique ni unifié avec une structure centralisée ni des listes de membres : c’est plutôt un ensemble d’individus, de groupes, de communautés et de ministères très divers. L’un des tout premiers pionniers du CCR, le cardinal Suenens, l’a bien souligné en disant : « Considérer le Renouveau comme un mouvement parmi d’autres mouvements, c’est se méprendre sur sa nature : il s’agit d’un mouvement de l’Esprit offert à l’Église tout entière et destiné à rajeunir chaque partie de la vie de l’Église ». Dans le même sens, le pape Paul VI, dans une intervention célèbre, a dit du Renouveau charismatique que c’était « une chance pour l’Église et pour le monde ».

Il est certain que, depuis l’origine, le RCC a toujours comporté une dimension ecclésiale. Il a été considéré comme un courant de grâce né du sein de l’Église et destiné à apporter un renouveau à l’ensemble de l’Église. Dans les premiers temps, certains ont voulu appeler ce nouveau phénomène : « pentecôtisme catholique ». Mais bientôt, pour éviter tout malentendu et pour bien souligner qu’il s’agissait d’une nouvelle intervention de l’Esprit dans l’Église, on a adopté l’expression « Renouveau charismatique catholique ». Cela dit, on ne saurait ignorer que ce qui fut alors vécu au sein de l’Église catholique relevait d’une effusion plus générale de l’Esprit Saint, dont on a pu dire qu’il s’agissait d’une « grâce œcuménique ».

La Pentecôte, cœur de la spiritualité charismatique
À la Pentecôte, la communauté était assemblée en prière lorsque « soudain, venu du ciel » (Actes 2, 2), l’Esprit Saint se manifesta d’une manière nouvelle ; ce fut une transmission de pouvoir à la fois collective et personnelle. Le feu s’étant posé sur la tête de chacune des personnes présentes, « tous furent alors remplis de l’Esprit Saint ». Manifestement, cette nouvelle transmission de pouvoir et les dons qui furent alors impartis avaient une dimension missionnaire. Et, effectivement, la Pentecôte a marqué le début de la mission apostolique, et on dit fréquemment que l’Église est née à ce moment-là.

Fruit de la Pentecôte, le Renouveau charismatique, dans son essence, consiste en ce que les personnes vivent une « Pentecôte personnelle » – ce que l’on appelle parfois « être baptisé dans l’Esprit ». Cela implique qu’on entre dans une relation personnelle avec Jésus Christ, Seigneur et Sauveur, et que, par la puissance de l’Esprit Saint, on éprouve personnellement l’amour et le pardon du Père. Cette Pentecôte personnelle, ou baptême dans l’Esprit, produit de nombreux fruits, et notamment : conscience plus profonde de ce qu’impliquent la louange et l’adoration, redécouverte de la prière, de l’Écriture et des sacrements et désir de croître en sainteté.

La Pentecôte fut aussi un renouveau de la communauté : l’Esprit Saint renouvelle l’assemblée des fidèles et lui donne vie. La dimension communautaire tient une place très importante dans le RCC. Dans les premiers temps, on discutait pour essayer de préciser comment la grâce du renouveau pouvait se développer et s’approfondir dans la vie des personnes qui avaient été baptisées dans l’Esprit Saint. Des groupes de prières existant dans les paroisses sont rapidement devenus des lieux d’expression, de développement et de fraternité charismatiques. Pour certains, cependant, ces structures étaient par trop contraignantes, et c’est ainsi que se sont constituées des communautés d’alliance. Celles-ci offraient un sens plus profond d’appartenance, de koinonia. Elles proposaient des programmes structurés de formation et correspondaient parfois à une vocation particulière telle que l’évangélisation ou l’œcuménisme. De nombreuses communautés d’alliance étaient semi-autonomes ; néanmoins, leurs membres « appartenaient » toujours à la paroisse locale, qui était le lieu où ils recevaient les sacrements.

Dans le Renouveau charismatique, beaucoup – tant protestants que catholiques – ont la conviction que la grâce du baptême dans l’Esprit s’adresse à chaque membre de l’Église. Dans ce sens, à terme, le Renouveau charismatique devrait finir par se dissoudre dans une Église charismatiquement renouvelée ; mais tout le monde n’est pas d’accord sur ce point. La hiérarchie de l’Église considère le RCC comme l’un des nombreux nouveaux mouvements ecclésiaux, dont chacun a ses propres charismes, dans la communion de l’Église universelle. Ces deux positions expriment des vérités importantes. Si l’on veut intégrer le Renouveau charismatique dans le cœur de l’Église, il faut veiller à éviter tout élitisme coercitif. En même temps, le fait d’être considéré comme un mouvement parmi d’autres peut nous amener à nous focaliser sur le renforcement du mouvement plutôt que de chercher à enrichir l’Église tout entière.
Qu’est-ce que le RCC peut offrir à l’Église dans son ensemble ?
Le Renouveau charismatique catholique enrichit l’Église par l’intermédiaire d’un ensemble de personnes qui ont vécu une conversion personnelle et qui sont disposées à avancer, avec une foi confiante, en répondant à l’appel qui leur est fait d’êtres des disciples et des missionnaires. Dans les premiers temps du RCC, des excès de zèle ont amené certaines personnes à commettre des erreurs et à parfois trop mettre l’accent sur la foi « expérientielle » ; aussi le RCC a-t-il été critiqué parce que jugé trop émotionnel. Mais maintenant, au bout de 43 ans, le RCC est devenu adulte.

En 1998, le pape Jean-Paul II invita tous les mouvements à célébrer avec lui la veillée de la Pentecôte sur la place Saint-Pierre. Devant quelque 400 000 personnes, le pape déclara qu’une nouvelle étape s’annonçait pour ces mouvements : celle de la maturité ecclésiale. Il déclara : « L’Église attend de vous des fruits mûrs de communion et d’engagement ». Le RCC a pris au sérieux cet appel à la maturité ecclésiale et il s’est efforcé, à tous les niveaux, de donner aux membres du RCC des possibilités d’être formés plus en profondeur et d’être plus fermement enracinés dans l’Église. Conscients de leur identité baptismale, renouvelés et équipés par l’Esprit Saint, ils sont alors en mesure de vivre leur vocation dans l’Église et dans le monde.

Que pouvons-nous apprendre les uns des autres ? 
Les nouveaux mouvements s’inspirent à la fois de l’histoire de l’Église primitive et des nouvelles traditions de l’Église. Dans ce sens, ils peuvent être comme le maître de maison « qui tire de son trésor du neuf et du vieux » (Matthieu 13,52). En mars 2011, l’ICCRS (International Catholic Charismatic Renewal Services) a organisé, sous le patronage du Conseil pontifical pour les laïcs, un colloque sur le baptême dans l’Esprit. Nous avons consacré une bonne part de nos réflexions sur l’étude des caractéristiques du baptême dans l’Esprit à l’époque patristique. Nous avons pu constater que, dans sa forme et son expression, notre expérience du baptême dans l’Esprit, au RCC, était d’une certaine manière atypique pour notre époque mais qu’elle était en même temps profondément enracinée dans la tradition de l’Église. Les nouvelles traditions de l’Église nous encouragent à continuer à avancer dans la liberté de l’Esprit tout en restant ouverts aux nouvelles surprises que l’Esprit pourrait vouloir nous accorder.

Dans un sens, le RCC se trouve dans une position inconfortable mais prophétique. En faisant la jonction entre l’ancien et le nouveau, nous ressentons parfois la tension entre la dimension institutionnelle et la dimension charismatique de l’Église. Lumen Gentium, l’un des textes les plus importants du Second Concile du Vatican, dit en son paragraphe 12 : « Mais le même Esprit Saint ne se borne pas à sanctifier le Peuple de Dieu par les sacrements et les ministères, à le conduire et à lui donner l’ornement des vertus, il distribue aussi parmi les fidèles de tous ordres, "répartissant ses dons à son gré en chacun" (1 Co 12,11), les grâces spéciales qui rendent apte et disponible pour assumer les diverses charges et offices utiles au renouvellement et au développement de l’Église ». En 1998, le pape Jean-Paul II affirma que la dimension institutionnelle et la dimension caritative étaient en quelque sorte coessentielles à la constitution de l’Église. Il incombe aux membres du RCC d’être de bons intendants des grâces et des charismes de la nouvelle Pentecôte tout en restant en communion fidèle avec l’Église universelle.

Qu’avons-nous à offrir ?
Le pape Benoît XVI a souvent dit qu’il était important de « diffuser la culture de la Pentecôte ». En 1992, alors qu’il était encore le cardinal Ratzinger, il écrivait : « Allons-nous découvrir le secret de la première Pentecôte dans l’Église ? Allons-nous nous offrir humblement à la puissance rénovatrice de l’Esprit Saint afin qu’il puisse nous libérer de notre pauvreté et de notre incapacité totale à assumer le mandat de proclamer Jésus Christ à nos frères et sœurs humains ? […] Le Cénacle est le lieu où les chrétiens acceptent d’accueillir l’Esprit Saint pour être transformés en prière. Mais c’est aussi le lieu d’où l’on part pour apporter le feu de la Pentecôte à ses frères et sœurs. »

Dans son dernier discours officiel au RCC, à la Pentecôte de 2004, le pape Jean-Paul II nous a lancé un défi et confié un mandat. Il a déclaré : « Je souhaite que la spiritualité de la Pentecôte se diffuse dans l'Église, comme un élan renouvelé de prière, de sainteté, de communion et d'annonce ».

En poursuivant notre réflexion sur notre thème central : Vivre Ensemble en Jésus Christ – Fortifiés par l’Esprit Saint, je pense que nous pouvons tous nous reconnaître mutuellement dans le mandat de diffuser la culture et la spiritualité de la Pentecôte. Nous pouvons nous associer en une prière continue, comme le firent les disciples à la Pentecôte, et offrir une puissante intercession pour notre monde. L’Esprit Saint est source d’unité, et nous pouvons nous y conformer par notre volonté de croître en une communion plus profonde et d’accepter l’unité dans notre diversité.

À mesure que l’Esprit continuera à nous renouveler, à nous affiner et à nous purifier, nous, de notre côté, nous offrirons un témoignage plus convaincant au monde. Dans cette perspective, à l’instar des disciples après la Pentecôte, nous pourrons aller au monde avec une confiance renouvelée. Nous pourrons faire de l’évangélisation par le dialogue, la proclamation et des œuvres de miséricorde et de justice, témoignant ainsi du Royaume de Dieu et le faisant avancer.