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Documents de Manado 2011

Publication 2:

Tendances et évolutions du christianisme mondial

Sang-Bok David Kim, ThD, DD, DLitt, président de l’Alliance évangélique mondiale (AEM)


Lorsque, en 1959, l’URSS réussit à faire s’écraser une fusée sur la lune, exploit renouvelé trois ans plus tard par les Américains, et qu’ensuite Neil Armstrong et Buzz Aldrin, avec Apollo 11, furent les premiers à poser le pied sur la surface de la lune, il y eut des gens pour affirmer péremptoirement que Dieu n’existait pas et que la religion disparaîtrait à la fin du XXe siècle.

Pourtant, aujourd’hui, des religions de toutes sortes continuent d’exister, qui se portent fort bien. Le semen religionis reste intact en l’homme, et, qui plus est, avec une ferveur accrue. L’homme est incurablement religieux, et il a besoin de trouver des réponses aux grandes questions de la vie ; il ne se reposera pas avant qu’il ne les ait trouvées, parce que nous sommes créés à l’image de Dieu (Genèse 2,27).

Le christianisme dans le monde
La population mondiale a presque doublé entre 1970 et 2010 : selon l’ONU, le monde comptait en 2010 6,9 milliards d’habitants, avec un taux de croissance annuel de 1,2%. Cumulés, les tenants des différentes religions représentent 86,4% de la population, ce qui montre bien que l’homme est un être spirituel. Selon toute apparence, la religion ne semble pas près de disparaître. Ce sont, et de loin, les chrétiens qui sont les plus nombreux : 2,23 milliards (32,29%), suivis par les musulmans : 1,58 milliard (22,90%), les hindous : 960 millions (13,88%), les sécularistes non religieux : 938 millions (6,92%), les bouddhistes : 480 millions (6,92%) et les autres (10%). Manifestement, le christianisme reste la religion globale (Operation World, 2010, p. 5) alors que les musulmans sont surtout concentrés au Proche-Orient, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, et les bouddhistes en Asie du Sud et de l’Est. Cela dit, les musulmans se multiplient plus rapidement que les chrétiens, non pas tant par conversion mais du fait d’un taux de natalité (1,9%) plus élevé que celui des chrétiens (1,2%). Au point que le colonel Kadhafi, de Libye, a affirmé un jour avec un grand sourire : « L’islam conquerra le monde sans tirer un seul coup de feu » ; il se référait à l’augmentation rapide de la population musulmane en Europe. Le christianisme n’est plus une « religion de Blancs » européenne.

Aujourd’hui, les chrétiens sont partout. Le centre de gravité du christianisme s’est déplacé, il se trouve désormais dans le monde non occidental. Dieu a béni par de nombreux fruits, jusqu’à ce jour, les innombrables sacrifices faits depuis 200 ans par les missionnaires occidentaux ainsi que les efforts des chrétiens autochtones.

Les évangéliques et les pentecôtistes/charismatiques sont en pleine croissance

Les évangéliques et les pentecôtistes/charismatiques sont en pleine croissance
La proportion des chrétiens dans la population mondiale a légèrement diminué depuis 1900 – seules celle des grands mégablocs protestants, indépendants et marginaux ont, au rebours de cette tendance, augmenté.

Chez les chrétiens, les catholiques constituent 15,77% de la population mondiale ; les autres groupes chrétiens représentent à eux tous 17%. La croissance est très lente chez les catholiques (0,6%) et les orthodoxes (0,2%), bien inférieure à celle de la population mondiale (1,2%), alors qu’elle est supérieure chez les protestants (1,8%) et les anglicans (1,6%). Cette croissance se constate essentiellement dans le monde non occidental. C’est chez les Églises indépendantes que la croissance est la plus forte, essentiellement chez les évangéliques (2,6%), les charismatiques (3,4%) et les pentecôtistes (2,6%).

Les évangéliques sont apparus comme une force dynamique après les renouveaux des xviiie et xixe siècles. Les pentecôtistes sont nés des renouveaux du début du xxe siècle ; ils ont connu une croissance spectaculaire : alors qu’ils n’existaient quasiment pas en 1900, ils étaient 426 millions en 2010.

La foi et la doctrine des charismatiques et des pentecôtistes sont fondamentalement évangéliques. En Asie, en Afrique et en Amérique latine, les statistiques ne font pas de distinction entre eux, comme on le fait communément en Occident (Operation World, p. xxxi).

Si l’Amérique du Nord reste en pointe du mouvement évangélique, la croissance des évangéliques est constante dans les régions du Pacifique, de l’Afrique, de l’Amérique latine et des Caraïbes. Pour eux, Jésus Christ est une personne avec qui ils ont une relation personnelle, en qui ils ont une foi solide. Ils croient que Christ est quelqu’un à nul autre pareil et que l’Évangile du salut est offert gracieusement ; ils croient à l’autorité de l’Écriture, à la puissance de l’Esprit Saint et à la communion quotidienne avec le Seigneur, et ils n’ont pas de débats théologiques et théoriques sur la théologie – du genre christologie, sotériologie, bibliologie et pneumatologie. Leur foi est une foi vivante : ce n’est pas une simple connaissance ni un ensemble de doctrines ; elle est pourtant suffisamment focalisée pour être source d’énergie pour la vie et le ministère.

Les Églises se développent en Asie, en Afrique et en Amérique latine alors qu’elles stagnent ou sont en perte de vitesse dans le reste du monde ; plus concrètement, on constate une croissance en Chine, en Inde, au Soudan, en Éthiopie, au Vietnam, au Myanmar et même en Iran. Il convient de remarquer que cette croissance de l’Église se produit dans les pays qui, comme les pays cités, ont connu ou connaissent la persécution.

Au cours des réunions annuelles du conseil d’administration de l’Alliance évangélique d’Asie, nous consacrons une séance à faire le point sur les alliances nationales. Nous écoutons avec un vif intérêt ce qui nous est dit sur la croissance constante des Églises dans la plupart des pays d’Asie. En Asie, malgré les difficultés, les Églises évangéliques progressent bien. Entre 1990 et 2000, les agences missionnaires évangéliques ont fait un effort particulier en direction des populations non atteintes. Même mon Église a adopté dix de ces groupes non atteints et a envoyé des missionnaires pour y planter des Églises.

En fait, le taux de croissance des Églises évangéliques a été supérieur à celui de toute autre religion mondiale ou tout autre mouvement religieux (Operation World, p. 6), partout dans le monde, y compris en Amérique du Nord, alors que les grandes Églises traditionnelles ont connu un déclin pendant la période au cours de laquelle on a vu exploser la théothanatologie (théologie de « la mort de Dieu »), la Cité séculière, le mouvement Honest to God, l’éthique de situation, la culture hippy et les manifestations de masse dans les rues contre la guerre du Vietnam et pour les droits civiques.

L’histoire des Églises évangéliques mais aussi des missions évangéliques d’après la seconde guerre mondiale a été celle d’une réussite remarquable ; en outre, dans sa majeure partie, la croissance qu’elles ont connue par la suite a été le fait d’une nouvelle génération de mouvements évangéliques autochtones dans le monde entier. En 1960, le nombre d’évangéliques se montait à 89 millions (2,9%) ; en 2010, ils étaient 546 millions (7,9%) (Operation World, p. 6).

Pourquoi cette croissance des Églises conservatrices ?
Le Conseil national des Églises des États-Unis (NCC) a effectué une étude pour voir comment arrêter le déclin de ses Églises membres ; il a publié un livre intitulé « Pourquoi les Églises conservatrices croissent-elles ? » (Dean M. Kelly, 1977). On a découvert que l’une des principales raisons de ce déclin était la large diffusion du libéralisme théologique dans l’Église ; le NCC recommandait une solide foi évangélique et des études bibliques en petits groupes.

Le mouvement Global Prayer et le New Work
La prière est le moteur de tout ministère. Les mouvements et réseaux de prière se sont multipliés et développés à mesure que, à un degré sans précédent, le peuple de Dieu se réunissait pour prier plus en profondeur et en largeur.

Aux niveaux local, national et international, des mouvements prient pour des communautés, des pays et des peuples mais aussi sur des thèmes spécifiques. Une intercession soutenue, informée et passionnée s’élève à un point que l’on n’a jamais connu ; l’IPC (International Prayer Connect) met en relation des centaines de réseaux et de ministères de prière pour concentrer la prière sur des problèmes globaux communs ; des mouvements de prière tels que le Global Day of Prayer and Repentance, lancé au Cap (Afrique du Sud), mobilisent des dizaines ou des centaines de milliers, sinon même des millions de chrétiens qui ont participé à ces réunions au fil des années.

En 1980, l’Expo Prière qui s’est tenue en Corée a rassemblé, sur Yeouido Plaza, un million de personnes du monde entier.

Des réseaux de prières de groupes de base tels que 24/7 Prayer et l’IHOP (Maison internationale de la Prière) font participer des milliers de jeunes à des flux ininterrompus, au niveau mondial, de prière et de culte rendu à Dieu.

On citera encore, entre bien d’autres, la Prière pour l’Église persécutée, appelée Journée internationale de prière, le réseau Prière de 30 jours, mouvement international d’intercession pour le monde musulman, les réseaux Global Prayer Digest et Praying Through the Arabian Peninsula, le Call to Prayer for Victims of Sex Trade Trafficking ainsi que le World Weekend of Prayer for Children at Risk de Viva Network. Les gens qui prient viennent d’Églises différentes, mais ils prient ensemble. C’est pourquoi ils en tirent des fruits spirituels. Lorsque nous prions, l’Esprit Saint intervient (Jean 14,12-18).

Mission holistique
Les projets d’assistance et de développement ainsi que les activités charitables dans le monde entier se sont multipliés dans les années 1980 et 1990 et se poursuivent encore aujourd’hui. Le secteur civil (ONG) est actuellement la huitième économie mondiale : il représente plus de mille milliards de dollars par an. Plus que jamais, on cherche à satisfaire les besoins élémentaires des personnes les plus vulnérables et misérables. On a vu naître dans l’Église une conception plus holistique de la mission évangélique ; ce ministère, qui apporte la liberté aux opprimés et qui libère les captifs, reflète le cœur de Dieu, les valeurs des Écritures et le rôle de l’Église.
Dans les interventions de secours en cas de catastrophe et les activités de développement, des agences missionnaires telles que World Vision, World Relief, Tearfund, Food for the Hungry, Compassion, MedAir et des centaines d’autres collaborent avec des ONG internationales laïques telles que les Nations Unies, Médecins sans frontières, Oxfam, CARE International et d’autres, qu’elles soient ou non d’inspiration religieuse. Il n’est que normal que les Églises, elles aussi, coopèrent entre elles.

Les missions non occidentales en pleine croissance
La globalisation du mouvement de la Grande Commission a profondément changé le visage de la mission. Depuis la fin des années 1970, on a vu le monde non occidental majoritaire s’intéresser et participer de plus en plus activement aux missions. L’envoi en mission a pris son essor ou s’est renforcé dans des pays tels que l’Éthiopie, le Nigeria, le Brésil, les Philippines, la Corée du Sud et même dans les églises de maison de la Chine Han.

Néanmoins, les États-Unis demeurent le principal pays d’envoi de missionnaires à l’étranger ; mais, pour la seconde place, la Corée du Sud a pris le pas sur le Royaume-Uni. En 1990, l’Église de la Corée du Sud a envoyé 550 missionnaires et, 20 ans plus tard, ils sont au total 22 000 missionnaires à servir dans 176 pays. Cela représente une augmentation de 4 000%, et bien d’autres encore sont appelés à aller réaliser la Grande Commission de notre Seigneur Jésus Christ. Des Chinois Han projettent de repartir sur les routes de la soie historiques, entre l’Asie et la Méditerranée, avec 100 000 évangélistes qui planteront des Églises et feront connaître Jésus tout du long. Ce projet est le mouvement Retour à Jérusalem.

Le projet nigérian Vision 2015 compte envoyer 15 000 ouvriers en 15 ans pour diffuser l’Évangile dans tout le nord de l’Afrique, l’objectif ultime étant, ici encore, Jérusalem. Des mouvements latino-américains envoient des ouvriers en Afrique du Nord, au Proche-Orient et en Europe. Des habitants des îles du Pacifique mettent en place le mouvement Deep Sea Canoe Vision pour envoyer des ouvriers chez d’autres populations autochtones. L’Orient et l’Occident, le Nord et le Sud coopèrent pour mener à bien la moisson.

Collaboration globale pour réaliser la Grande Commission
Ayant mieux pris conscience, au niveau mondial, de la dimension et de la complexité du monde musulman ainsi que du défi qu’il représente pour l’évangélisation, surtout après les évènements du 11 septembre 2001, de nombreux croyants ont décidé d’assumer leur responsabilité vis-à-vis des musulmans. Au cours de ces 20 dernières années, toujours plus nombreux que jamais, des musulmans se sont convertis au Christ, des ouvriers sont à l’œuvre dans des pays à majorité musulmane, des agences s’intéressent prioritairement à ces régions et des intercessions permanentes s’élèvent pour ces populations précieuses aux yeux de Dieu. Les crises politiques qui agitent le monde bouddhiste – en Mongolie, au Cambodge, au Vietnam, à Sri Lanka et en Thaïlande – s’accompagnent d’une croissance sans précédent du nombre de chrétiens ; on voit même naître un petit mouvement au Tibet. Les bouleversements du monde hindou ont également attiré l’attention sur ce vaste secteur de population. Au Népal, malgré la guerre civile et les bouleversements permanents, les chrétiens se multiplient de façon incroyable. Dans certaines parties de l’Inde, les désordres, la violence religieuse et les sévères persécutions ainsi que la négligence des autorités officielles offrent autant d’occasions d’étendre le champ de la moisson. En Inde, Christ en particulier est synonyme d’espoir véritable pour les dalits/intouchables.

Désormais, pour mener à bien la réalisation de la Grande Commission, la collaboration entre Églises au niveau mondial apparaît décisive. En 2010, différentes manifestations ont été organisées pour commémorer la Conférence mondiale des missions d’Édimbourg en 1910 ; pour les évangéliques, les plus notables ont été la Troisième Conférence du Mouvement de Lausanne, en octobre de l’an dernier, avec l’Alliance évangélique mondiale (AEM), le Mouvement AD2000 and Beyond ainsi que le Rassemblement mondial sur l’évangélisation du monde pour atteindre les peuples non atteints, le mouvement Ethne, le mouvement Transform World qui s’intéresse plus particulièrement aux enfants de 4 à 14 ans pour la prochaine décennie, Call2All, Finishing Task, la Billion Soul Coalition et bien d’autres.

Grâce aux efforts conjoints des sociétés bibliques et des organismes de traduction de la Bible, 95% de la population mondiale a accès à la Bible dans une langue qu’elle peut connaître. Vision 2025 envisage de lancer d’ici 2025 un programme de traduction de la Bible dans toutes les langues qui en ont besoin. Grâce à l’activité déployée par plus de 1 500 agences chrétiennes, le film Jésus a été vu par des millions de personnes dans le monde entier depuis 1979. Cela a provoqué plus de 200 millions de réactions. Ce film existe en plus de 1 000 langues. La télévision chrétienne par satellite et Internet touchent un très grand nombre de musulmans, en particulier au Moyen-Orient et en Asie occidentale. Pour la Grande Commission, l’unité organisationnelle n’a pas été aussi importante que l’unité spirituelle : la collaboration, les réseaux et la conjonction des efforts vers cette fin identique donnent de nombreux résultats positifs pour le Royaume de Dieu. Pour Son Royaume, Dieu utilise les dons spirituels divers de Son peuple. Les disciples sérieux de Christ se consacrent au même objectif qui nous est fixé par notre Seigneur. Ils collaborent les uns avec les autres.

Les croyants d’origine musulmane (COM) se multiplient rapidement
La croissance du nombre de musulmans est rapide : alors qu’ils représentaient 12,3% de la population mondiale en 1900, ce taux était de 22,9% en 2010. Cela dit, l’attentat du 11 septembre et les attentats terroristes commis ces dernières années par l’islam extrémiste horrifient non seulement le monde mais aussi le monde musulman modéré. Cela a souvent été source de désillusion et de dégoût chez les musulmans, et cela les a amenés à être ouverts à la personne de Jésus Christ. Ces dernières années, le nombre de croyants d’origine musulmane (COM) a rapidement augmenté. Beaucoup pensent que des musulmans vont être des millions à se convertir au Royaume de Dieu. La télévision par satellite, la radio et Internet sont des outils très efficaces pour les atteindre, et ils répondent en nombres toujours plus grands. Rien qu’en 2010, 500 000 ont envoyé des réactions – par téléphone, par courriel et par lettre – aux programmes de télévision (Al Hayat) conçus pour les musulmans, et 250 000 ont réagi par le biais d’Internet. On compte en moyenne 1 500 conversions par semaine. Les documents de référence qui leur sont proposés ont fait l’objet de deux millions de téléchargements l’an dernier. Au cours de ces 7 dernières années, on a compté 1,5 million de réactions. Cinquante églises de maison ont été lancées par l’intermédiaire du ministère d’une seule station de télévision par satellite. Les COM sont souvent confrontés à de graves pressions et risquent même la mort dans les pays où ce ruisselet de salut devient un torrent impétueux. Nous sommes unis dans la conviction que les musulmans sont précieux aux yeux de Dieu, qui les aime tout autant. Jésus Christ est, pour eux, Bonne Nouvelle.

Ce sont les chrétiens qui souffrent le plus
Pourtant, de tous les croyants du monde, ce sont les chrétiens qui ont le plus souffert et qui souffrent encore le plus des restrictions et persécutions officielles sévères, sinon même très sévères, dans cinquante pays : 39 à grande majorité musulmane, 6 avec un régime laïciste/communiste/marxiste, 4 bouddhistes et un hindou (Operation World, p. 2). Les xxe et xxie siècles ont compté plus de chrétiens martyrs que les 19 précédents, alors que les tenants des autres religions jouissent d’une large liberté dans les pays traditionnellement chrétiens et démocratiques. Il nous faut garder les chrétiens persécutés dans nos prières quotidiennes. Ils sont notre famille.

Réévangélisation du monde chrétien
Le christianisme est devenu la plus globale des religions. Il n’est pas de pays qui n’ait de témoignage chrétien ou de communauté de croyants autochtones (même si, dans quelques rares cas, ils doivent rester dans la clandestinité). Dans 14 pays, la population chrétienne locale est inférieure à 1%, dans 23 autres elle est inférieure à 5%.

Le problème des chrétiens qui ne le sont que de nom est sérieux, et pas seulement en Occident. Dans de nombreux pays christianisés, la majorité de la population a besoin d’être réévangélisée ; vivre dans les vestiges d’un héritage chrétien ne confère pas le salut éternel. Dans les pays de tradition chrétienne, beaucoup de gens ne savent pas ce que sont une foi personnelle, un vrai repentir du péché ni la réalisation de leur salut en relation avec le Dieu vivant. Beaucoup d’autres comptent sur les bonnes œuvres pour obtenir le salut plutôt que de placer leur confiance dans le libre don de la grâce de Dieu et son vécu. La majorité des gens qui s’identifient comme chrétiens ne pratiquent pas activement leur foi. Suite à la conférence qu’il a donnée à Istanbul, en Turquie, au début de cette année sur Les tendances et les changements dans les Églises orthodoxes, du point de vue de l’Église orthodoxe russe, en réponse à une question sur le prosélytisme, l’higoumène Ryabykh, du Patriarcat de Moscou, a déclaré que, désormais, l’Église orthodoxe russe s’inquiétait moins du problème du prosélytisme que dans les années 1990. L’Église se concentrait plus sur la question de l’évangélisation des 80% de chrétiens orthodoxes qui ne l’étaient que de nom. Le même problème se pose dans les Églises locales et dans l’ensemble de la communauté chrétienne. C’est là une tâche urgente pour toutes les Églises. Rolf Hille a déclaré que les chrétiens de nom seulement posaient un problème dans toutes les traditions et que l’évangélisation au sein des Églises traditionnelles était quelque chose qui concernait les évangéliques. Il s’agit de les réévangéliser. Nous pouvons œuvrer ensemble à la même fin. Si nous pouvons ramener ces membres au Christ, nous ne pourrons que nous réjouir, tout comme au ciel.

La Grande Commission
Après sa résurrection et avant d’être élevé au ciel, le Seigneur Jésus Christ a donné de claires instructions à son Église. Son commandement est ce qui nous importe le plus. Nous sommes au service du Seigneur Jésus Christ et de son Église.

Les instructions évangéliques – Marc 16,15 : « Allez par le monde entier, proclamez l’Évangile à toutes les créatures » ; Luc 24,47 : « … on prêchera en son nom la conversion et le pardon des péchés à toutes les nations, à commencer par Jérusalem ».

L’appel à être des disciples – Matthieu, 28,19-20 : « Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. »

L’envoi en mission – Jean 17,18 : « Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les envoie dans le monde » ; Jean 20,21 : « Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie ».

Le mandat général – Actes 1, 8 : « Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre ». Cela correspond bien à la tâche qui nous incombe ; son champ est vaste. En 1912, John P. Jones écrivait : « Cette entreprise n’est pas seulement la plus grande que le monde ait jamais connu ; c’est aussi la plus difficile à réaliser. » Pourtant, nous pensons que la Grande Commission n’est pas seulement un idéal auquel il faut se contenter d’aspirer : c’est un commandement donné par le Seigneur, qu’il est possible de réaliser (Operation World, p. 27). « Cette Bonne Nouvelle du Royaume sera proclamée dans le monde entier ; tous les païens auront là un témoignage. Et alors viendra la fin » (Mt 24,14). Dans chacun des passages cités ci-dessus, l’envoi de l’Église en mission s’est accompagné d’assurances sur la puissance et l’autorité de Dieu ainsi que sur la présence très réelle de l’Esprit Saint. L’ampleur de la tâche qui nous incombe n’a d’égale que la grandeur du Dieu qui promet de nous accompagner et de nous donner la force de l’assumer. Pour réaliser une telle tâche, il nous faut, tous ensemble, reconnaître l’unicité de la foi, du ministère et du dessein, une unité qui existe déjà entre nous qui sommes de sérieux disciples de Jésus Christ le Seigneur, lequel nous unit tous en Lui.

L’influence qu’a eue sur ma vie du premier Forum chrétien mondial
En 2007, j’ai eu le privilège d’assister au premier Forum chrétien mondial à Limuru, au Kenya. J’avais été affecté à un groupe de 30 personnes qui racontaient leur cheminement de foi, et cela a profondément affecté la manière de considérer les autres chrétiens. Toute ma vie, je m’étais tellement occupé de ma communauté que je n’avais pas eu d’occasions de m’asseoir avec des gens venus d’horizons très divers, ni d’entendre, en une seule séance, tant d’histoires vécues. Je me rappelle encore vivement un prêtre catholique qui faisait partie de mon groupe ; il était président et professeur de théologie d’une université catholique. Il nous a fait part de ses luttes et conflits en tant que théologien. Toute sa vie d’étude ne lui avait laissé aucune joie mais plutôt des doutes, de la confusion et des conflits. Il raconta que, quelques années auparavant, il avait eu une rencontre personnelle avec Jésus Christ ; il était alors devenu un homme nouveau. Jusque là, la messe et la communion n’avaient été pour lui qu’un simple rituel, et sa vie était aride. Mais depuis cette expérience, chaque semaine, il attendait avec impatience le dimanche et, lorsqu’il recevait le pain et le vin, il en avait parfois les larmes qui lui coulaient sur le visage. Pour lui, Jésus était devenu quelqu’un de réel, et non pas simplement un sujet de la christologie. Sa vie en était transformée.

Alors que je l’écoutais parler, des larmes me sont aussi montées aux yeux parce que je saisissais exactement ce dont il parlait. C’était un prêtre catholique, un théologien catholique et le président d’une université catholique ; mais ce qu’il avait vécu correspondait à ma propre expérience de ministre évangélique, de théologien évangélique et de président d’une université évangélique. En Christ, il était mon frère. Tous deux, nous avions personnellement rencontré Christ. Nous avions le même Père, le même Jésus et le même Esprit Saint. Nous étions membres de la même famille. Cette présentation en petit groupe m’a ouvert les yeux à une nouvelle réalité spirituelle. Je découvris avec surprise que, spirituellement, nous étions déjà un, et de le savoir m’a rempli d’une joie intense. Ce n’était pas un accord théologique, ni un accord sur nos origines, sur nos Églises ni sur nos compétences. Nos récits étaient fondamentalement centrés autour d’une unique Personne : Jésus Christ. Un ministre italien avait entendu la Bonne Nouvelle de Jésus Christ lors d’une réunion sous tente, dans la rue, et il s’était confié à Christ, le considérant comme son sauveur personnel. Par la suite, il fut appelé à servir le Seigneur, et il était assis à côté de moi. L’élément central de la transformation spirituelle de toutes ces personnes était le même : chacun avait compris l’Évangile et avait déposé son salut entre les mains de Jésus Christ, le Fils de Dieu. C’était Lui la réponse à l’unité des chrétiens. Si nous traçons un cercle autour de Lui, beaucoup y seront inclus. Mais si nous traçons un cercle autour de nous, beaucoup en seront exclus.

Je suis né dans une famille chrétienne en Corée du Nord en 1939, du temps de l’occupation militaire japonaise ; à l’époque, les chrétiens étaient sévèrement persécutés en Corée. Dans mon enfance, j’ai vu le pasteur et les anciens de ma congrégation emprisonnés et torturés par la police japonaise parce qu’ils refusaient d’adorer le dieu shinto des Japonais. Le pasteur Joo Kichul, mon fidèle pasteur, fut torturé et mourut au bout de sept années de prison, six mois à peine avant la reddition japonaise en août 1945, à la fin de la seconde guerre mondiale. Sous sa ferme direction, ma congrégation refusait d’aller au temple shinto pour prier alors que la quasi-totalité des Églises coréennes – catholiques et protestantes –, des bouddhistes et des confucéens ainsi que toute la population coréenne s’agenouillaient devant le dieu japonais. Après la reddition des Japonais, la Corée fut divisée de force entre le Nord et le Sud par les Russes et les Américains, contre la volonté du peuple, et cette division subsiste encore aujourd’hui. Au cours des 36 années que dura l’occupation japonaise, un pasteur de notre Église mourut martyr, alors qu’au cours de la brève occupation communiste, entre 1945 et 1950 – avant la « guerre de Corée » –, six autres de nos dirigeants furent tués : trois pasteurs et trois anciens. Les communistes furent pires que les Japonais.

Pendant ces années-là, les élèves coréens étaient soumis à toutes sortes de châtiments corporels pour la simple raison qu’ils allaient au temple le dimanche. Le gouvernement avait ordonné aux écoles de contraindre les élèves chrétiens à abandonner leur foi. Les enseignants giflaient les enfants chrétiens, les frappaient avec des baguettes, leur donnaient des coups de bambou sur la paume des mains et parfois de tube métallique sur les mollets, les menaçaient de les expulser de l’école, les insultaient, les retenaient longtemps après la fin des cours, les obligeaient à rester debout dans le couloir les mains levées et les ostracisaient en pleine classe, pendant que les autres élèves se moquaient d’eux et parfois les battaient. Les chrétiens étaient sans défense. Au bout de trois années de telles persécutions physiques et mentales, il n’y eut plus qu’un fils de pasteur et moi-même à être restés fidèles au Seigneur et à l’Église, et à persévérer. Tous les autres élèves chrétiens avaient fini par céder car ils n’étaient plus capables de supporter de telles souffrances. Mon Église et ma mère en particulier m’ont beaucoup soutenu et encouragé à rester fidèle jusqu’au bout, jusqu’à ce qu’éclate la guerre de Corée en 1950 – les classes furent alors suspendues. Pendant la guerre, ma mère me dit de partir de chez nous et d’aller en Corée du Sud, où il y avait de la liberté – et c’est ce que je fis, à l’âge de 11 ans. Depuis, je suis séparé de ma famille – entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. J’ai grandi orphelin. Mais le Seigneur s’est montré fidèle à ma vie.

Ce matin, devant cette auguste assemblée de dirigeants chrétiens venus du monde entier et de toutes les traditions, je me présente comme pasteur retraité, professeur de théologie systématique en retraite, mobilisateur de mission ; à l’heure actuelle, j’assume les fonctions de président de la Torch Trinity Graduate University, de président de l’Alliance évangélique d’Asie et de l’Alliance évangélique mondiale – et, surtout, je suis un humble serviteur du Seigneur Jésus Christ.

Je connais l’amour éternel de Dieu pour moi en Jésus Christ. Je me suis scrupuleusement efforcé d’obéir au Seigneur Jésus Christ en toutes choses, et en particulier à sa Grande Commission et à la prière pour l’unité des chrétiens que l’on trouve en Jean 17. En écoutant les participants raconter leur cheminement de foi, j’ai découvert avec surprise que, malgré les différences qui nous séparent, nous avons tous en commun une foi commune en Jésus Christ. L’expérience spirituelle est la même. Après tout, nous sommes frères et sœurs en Christ. J’ai pris tout particulièrement conscience du fait que nous sommes un en Christ et que j’ai une grande famille en Christ dans chaque tradition et dans chaque pays. Je ne suis qu’un membre d’une immense famille. Quelle est la condition minimale être membres d’une même famille ? C’est de recevoir la vie de parents ! Quelle est la condition minimale pour que nous soyons membres de la famille de Dieu ? C’est que nous recevions la vie éternelle du même Père, par Christ, en croyant en Son Fils. Il se peut que l’un soit en bonne santé et l’autre handicapé ; que l’un soit plus beau que l’autre ; que l’un soit plus riche et un autre plus pauvre, l’un plus cultivé que l’autre ; mais ce ne sont pas là les conditions pour appartenir à une même famille. Si nous sommes nés d’un même Père, nous sommes ses enfants. Nous pouvons bien être catholiques, protestants, évangéliques, charismatiques/pentecôtistes – mais nous avons le même Père céleste. Nous sommes nés de Dieu lorsque nous plaçons notre confiance en Jésus Christ, notre Sauveur et le Seigneur. C’est ainsi que nous appartenons tous les uns aux autres. Dans ce sens, nul ne peut nier que nous formons une seule famille, nul ne peut nous séparer les uns des autres ni de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ. Cela est acquis. Nous adorons le même Dieu. Dans son Épître aux Éphésiens, Paul nous a pressés :
« Je vous y exhorte donc dans le Seigneur, moi qui suis prisonnier : accordez votre vie à l’appel que vous avez reçu, en toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l’amour, appliquez-vous à garder l’unité de l’esprit par le lien de la paix. Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que votre vocation vous a appelés à une seule espérance, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ; un seul Dieu et Père de tous, qui règne sur tous, agit par tous et demeure en tous » (Ep 4,1-7). Amen, amen !

Sang-Bok David, ThD, DD, DLitt
Chairman, World Evangelical Alliance
Président de l’Alliance évangélique mondiale, président de la Torch Trinity Graduate University, Corée
Pasteur honoraire, Hallelujah Community Church, Corée
sbdkim@ttgu.ac.kr, +82-2-570-7007